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Humeur d’un 14 novembre

Samedi 14 novembre 2015, il est 15h

Chers Tous,

Je ne suis pas superstitieux : ça porte malheur et, visiblement, dans le malheur comme en tout, il y a des spécialistes.

Je rentre à peine d’un heure de VTT et, je ne sais si c’est l’effet cumulé de la bise et de l’effort ou les sueurs froides d’hier soir qui se prolongent, mais je ne parviens pas à me réchauffer.

Il est difficile de garder l’esprit clair du philosophe, mais c’est en pareille circonstance qu’on doit le faire. « Ni rire, ni pleurer, mais comprendre » disait Spinoza dans l’ « Ethique ». Bon courage. Qui voudrait rire devant tant d’absurdité. Après ce qui vient de se passer, même une co-production cinématographique d’un Stanley Kubrick et des Monthy Python ne nous arracherait pas un rictus. Pas maintenant. Pleurer ? Je n’ai pas pleuré hier soir. Ce matin non plus. Les familles des victimes oui. Moi pas. La stupeur a asséché mes larmes avant qu’elles ne sortent.
Enfin, que peut-on comprendre de la barbarie à part qu’elle est barbare. Inhumanité ? Animalité ? Nous n’avons pas fini de nous questionner.

J’entends déjà les spécialistes nous expliquer l’inexplicable, les « pyro-ZOF » nous faire la leçon sur le pourquoi du comment du haut de leurs messages twittés et retwittés. Si Twitter est un thermomètre de notre société, chacun sait comment il doit l’utiliser ! / #Pardon, #la #colère #m’égare.

Des larmes ou des armes ? A nous de faire le bon choix. Nos armes, si elles servent souvent à la défense, notamment de nos valeurs, de toutes nos valeurs – pas seulement républicaines – doivent aujourd’hui passer à l’offensive. Au collège, notre arme est et sera toujours la raison raisonnante et raisonnable. En dehors, c’est le désir de vivre libres qui est notre valeur commune. Notre arme ? La volonté de construire ce désir de vivre en liberté. Pour ma part, demain, j’ai invité ma famille à manger et nous allons partager les plaisirs de la table et de ses discussions, totalement libres et variées à l’infini, autour d’un grand vin de Bordeaux. Ou deux.

Je ne sais si face à un « an-humain » comme ceux d’hier – et ceux des autres fois – j’aurais le courage de dire en guise de dernier mot : « Tu vas me tuer mais je n’ai pas peur. Tu as perdu ! ». J’aimerais.

Si philosopher c’est apprendre à mourir selon Montaigne. Aujourd’hui je fais une pose…

Laurent

(écrit avec une police « consolas »…)